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''Orcet.. Mai 52 avant J.C : le camping affiche complet…''

par André Peyrel

 

Quand Jules CESAR campait à Orcet.

''…César, une fois l'Allier franchi, parvint à Gergovie en cinq jours; le même jour, après une légère escarmouche de cavalerie, il reconnut la place et, la voyant située sur une haute montagne dont tous les accès étaient difficiles, il désespéra de l'enlever de force…''(Guerre des Gaules VII chap. XXXVI).

Nous sommes en Mai 52 avant J.C, Les tribus gauloises se sont enfin unies autour d'un jeune général Arverne : Vercingétorix. César et ses légions, après le siège d'Avaricum (Bourges), poursuivent les guerriers gaulois. Vercingétorix a décidé d'attirer les Romains devant la forteresse de Gergovie, sa ville, la capitale de cette terre Arverne, dont il est le Chef… La communauté scientifique s'est depuis longtemps prononcée sur la détermination du site où se sont déroulés les évènements historiques de cette bataille qui va s'inscrire en élément légendaire de la nation gauloise. La situation des troupes romaines devant la forteresse de Gergovie a donné lieu, au cours du temps, à de nombreuses recherches mais c'est grâce aux travaux engagés par Napoléon III qui préparait son ''Histoire de Jules César'' que les premières fouilles ont été faites. Le commandant Eugène Stöffel, aide de camp de l'Empereur, engage en 1862 une campagne de sondages étayée sur la description topographique faite par César et, en militaire rompu aux problèmes de relevés, fait creuser des tranchées à partir desquelles il recoupera et identifiera les lignes des fortifications romaines notamment au nord d'Orcet.

''…César ouvrit du grand camp au petit camp un double fossé de douze pieds de large, afin que, même isolément, on pût aller de l'un à l'autre à l'abri de toute attaque soudaine de l'ennemi…'' (Guerre des Gaules VII-XXXVI).

César était à la tête de six légions (les huitième, neuvième, dixième, onzième, treizième et quatorzième légions) soit entre 30.000 et 36.000 hommes si l'on tient compte de l'ensemble du ''corps expéditionnaire'' avec esclaves et servants s'occupant des bagages et de l'intendance. Cette masse d'hommes, de bêtes, de chariots nécessite toute une infrastructure lourde à mettre en place et à approvisionner en vivres, eau, fourrage etc… toute cette logistique parfaitement maîtrisée traduit le haut niveau des stratèges romains.

''Le grand camp, installé sur la ''Serre d'Orcet'' représente un quadrilataire assez irrégulier, accusant la précipitation dans laquelle il fut tracé. Le coté le plus court mesure 467 mètres. La face Est porte 634 mètres de longueur, puis en 626 mètres on atteint l'angle Nord. Du coté Ouest, le front du camp mesure 646 mètres (notes de Pierre Pardoux Mathieu 1863).'' Ces relevés ont été précisés à 632 m coté nord, 624m, coté est, 468 m coté sud et 620m face ouest soit une superficie d'environ 35 hectares.

C'est sur cet espace que vont vivre, travailler, se battre ou se refaire une santé, les légionnaires de César, leur personnel d'accompagnement et leur cavalerie.

Les engagements devant la forteresse de Gergovie ont duré entre trois semaines et un mois, ils sont encore contés vingt siècles après !

  Le sort des armes sera favorable à Vercingétorix et à ses gaulois qui mirent en débandade les légions romaines. En bon communiquant,  César lui-même, minimise la déroute des troupes de Rome et s'il reconnaît la perte de moins de 700 hommes et de 46 centurions, il exalte la valeur des deux centurions Lucius Fabius et surtout Marcus Pétronius qui périront glorieusement sur le rempart de Gergovie et il fera parader ses légions pour ''rabattre la jactance gauloise et raffermir le courage de ses soldats avant de lever le camp'' (Guerre des Gaules VII-LIII).

 Le prochain rendez vous entre les deux protagonistes est fixé à Alésia… début septembre, l'été de la nation gauloise sera déjà fini.

 Si on songe aux travaux effectués pour délimiter les camps, les fortifier, creuser le fossé reliant grand camp d'Orcet et petit camp localisé sur la colline dominant La Roche Blanche, aux escarmouches, passes d'armes et préludes précédant la bataille elle-même, quelques réflexions s'imposent :

 - les troupes romaines avaient d'énormes capacités de travail (combien d'heures par jour trimaient gradés et sans grades ?)

 - l'intendance était déjà le souci principal des armées en campagne.

 - un évènement aussi réduit en durée a marqué toute l'histoire de la France et a été l'un des éléments fondateurs de son identité.

 - le sol orcétois porte en lui une part importante de cette histoire même si, à l'époque, aucun panneau n'indiquait notre cité.

Plus de 2.000 ans après, que reste t- il des traces de cette première occupation d'un gigantesque camping sur le territoire communal ?

 

L'érosion, le temps, le labeur des hommes et l'extension de l'habitat ont presque effacé les pas romains. Il reste des appellations : rue du Camp Romain, voie Romaine, des lotissements ont poussé : les Vignots, le Tourteix. Cependant des fouilles effectuées au cours des vingt dernières années ont abondamment confirmé la pertinence des travaux de Stöffel lesquels étaient matérialisés par des bornes (quatre principales et plusieurs intermédiaires). Le tracé du fossé reliant les deux camps a été retrouvé en divers points du site de la Serre d'Orcet et jusqu'au petit camp sur la colline dominant La Roche Blanche (recherches Vincent Guichard et Yann Deberge 1995-1996 notamment). Son profil en ''V'' est caractéristique mais l'érosion et les travaux risquent d'en effacer la trace à tout jamais.

 C'est pour cela qu'il est important d'en conserver la mémoire et le patrimoine orcétois doit s'enrichir de cette partie de son histoire écrite en 52 avant notre ère. Les bornes principales disposées par Stöffel sont encore présentes, l'une a été déplacée - rentabilité agricole oblige - celle qui est sur le bord de l'Avenue de Gergovie est remise en situation après l'aménagement de cette route. Les bornes intermédiaires ont connu un sort plus incertain...puissent ceux qui les repèreront les préserver en hommage à nos ancêtres les intrépides gaulois de Vercingétorix et à César qui a forgé sur ces terres son destin d'Empereur.

 

Balade autour des bornes du camp romain - D'après le travail de Serge Blondet et Marcel Mathé en juin 2008.

 

En 1858, Napoléon III fait une visite en Auvergne accompagné de Stöffel, féru d'histoire et spécialisé dans le domaine de la castramétation (du latin castra : camp et metari : mesurer).

Les fouilles débutèrent cette même année et il délimita ainsi l'établissement du Grand Camp romain par 4 bornes et plusieurs bornes milliaires. Une borne se situe sur la commune de La Roche Blanche dans la zone de La Novialle (repérée S). Une autre (repérée R), inclinée, se situe sur le chemin communal N°6 séparant les communes d'Orcet et La Roche Blanche (Elle indique 646.20 et 467 rn). Non loin, on aperçoit une borne milliaire dégagée mesurant 1 mètre, adossée à la clôture de Monsieur A. Caldart.           .

Quant aux deux autres bornes, l'une, la borne Sud-Est (repérée U), a retrouvé son emplacement initial sur l'avenue de Gergovie (on retrouve les mesures correctes de 467 m en direction de la borne du chemin N°6 et 634.30 m fléchées vers la 4e borne).

Cette dernière au Nord-Est (repérée T) dans la plaine de l' Arbre, du cerisier mort, a été déplacé sans l'avis de la D.R.A.C. et déposée à 50 m de là, en dépit du bon sens, à l'angle d'une clôture, en bordure du chemin communal dit rue du Consul.

Ces bornes polygonales en lave, sont recouvertes d'un peu de mousse. Elles ont une hauteur visible d'environ 90 cm avec l'inscription " Camp occupé par Jules César; l'an 52 avant J.C ".

Sur les deux autres faces d'environ 40 cm de large s'inscrivent les distances mesurées entre chacune des bornes.

 

Extrait de la carte IGN

 
 

Camp César tel que repéré par Stöeffel ( Par F. de La Rochelambert )

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