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Les
Croix d'Orcet par Chantal Degrand
L'Auvergne
s'enorgueillit à juste titre de ses croix en pierre dont la floraison
est liée à l'abondance et à la diversité des pierres de taille de
bonne résistance à l'érosion, ainsi qu'à l'isolement pendant de
longs siècles de la région : forteresse naturelle vis-à-vis des
invasions, ethnies et traditions y ont trouvé refuge. Ailleurs en
France, seule la Bretagne réunit les mêmes atouts et rivalise avec
l'Auvergne.
A
l'origine, ces croix avaient pour vocation d'affirmer la foi du peuple
chrétien sur la voie publique, à savoir chemins, carrefours, places,
ponts, sommets, cols, points d'eau, etc…. Le somptueux livre de
Jacques Baudoin intitulé "Les croix du Massif Central" (éditions
Créer, 1994) nous apprend qu'en Auvergne, la multiplication des croix
de chemins a été grandement favorisée par le concile de Clermont présidé
par le pape Urbain II en 1095, qui étendit aux croix de chemins le bénéfice
du droit d'asile : "Quiconque, pour échapper à la poursuite de
ses ennemis, demande refuge à une croix de chemin, sera aussi
intangible que s'il avait gagné une église". Et il est ajouté
que le malfaiteur qui s'est fié à cette protection sera remis à la
justice après promesse de sauvegarder sa vie. Dès lors, les croix vont
se multiplier à l'envi sur les chemins où elles joueront pour les pèlerins
du Moyen Age un double rôle de guide et de protection. Au cours des siècles,
ces croix sont devenues des monuments qui participent au rouage de la
société, et c'est ainsi que se sont développées, outre les croix de
christianisation, les croix de culte des morts (croix de cimetières, d'épidémies,
de commémoration), celles de procession, de pèlerinages, de bornages,
de justice, de missions.
Les
Orcétois peuvent être fiers de la quantité et de la qualité de leurs
croix : l'Association Culture et Patrimoine en a soigneusement inventorié
une douzaine, ainsi qu'une belle piéta en andésite
(pierre de Volvic) encastrée dans le mur du cimetière, abritée
dans une niche à coquille, et provenant d'un socle de croix du 17ième
siècle.
Ainsi
cette croix fut-elle fort probablement édifiée au bord d'un chemin
conduisant à Saint Jacques de Compostelle avant que son socle
n'aboutisse mystérieusement dans le mur du cimetière, en même temps
qu'une dalle portant en latin cette inscription : "Donne la lumière
aux aveugles".
Les
deux croix d'Orcet les plus précieuses se situent à l'intérieur du
vieux cimetière et rue des Percèdes. Elles sont abondamment
photographiées dans le magnifique livre déjà cité. La croix du
cimetière est une croix à bubons du 15ième siècle, qui
nous rappelle que
la population auvergnate a été décimée par cinq épidémies majeures
de peste entre 1348 et 1631. Cette croix commémorerait l'épidémie de
peste qui a sévi à Orcet en 1431. Le sculpteur qui a réalisé la
croix de la rue des Percèdes, au 13ième siècle, était si
habile et
l'andésite utilisée de si belle qualité que le croisillon quadrilobé
qu'il a réalisé est ajouré ; c'est ce que l'on appelle une croix percée.
Sa figuration archaïque montre d'un côté le Christ entre Saint Jean
Baptiste et Sainte Madeleine, et de l'autre une vierge en majesté entre
Saint Paul et Saint Pierre. Une autre croix avec un motif quadrilobé,
mais beaucoup plus modeste, est visible Porte du Four. Quant à la croix
Saint Roch, érigée en 1875, elle présente aussi beaucoup de charme,
avec son saint patron pestiféré sculpté sur le socle, et accompagné
de son sauveur, un chien hélas ! décapité..
Croix
de commémoration et de mission pullulent
dans Orcet et ses alentours. Ces dernières tirent leur origine des
guerres de religion et de la Révolution. Après celles-ci, à la fin
respectivement des 16ième
et 18ième siècles, des missions sont organisées,
destinées à ranimer la ferveur du catholicisme. La vitalité
religieuse du 19ième siècle a fait alors
la prospérité des ateliers de Volvic. La fonte, moins coûteuse, elle
aussi a été utilisée à ce moment là. Les amateurs de marche
quitteront le bourg pour découvrir la croix de la rue du Breuil, la
croix Blanche sur le chemin de l'ancienne décharge dit Chemin de la
croix Blanche, la croix de La Bataille vers le Puy de Tobise, et enfin
la croix récente en chêne d'Afrique au sommet du Puy de Marmant, en
remplacement d'une croix ruinée. Cette belle croix en bois est orientée
vers le cimetière d'Orcet, en souvenir de l'abbé Jacques Nely, dernier
curé d'Orcet, qui y repose depuis 1993.
Ainsi,
au delà de leur
symbolisme religieux, de nombreuses croix ont une vocation artistique
incomparable. En général, les municipalités en ont conscience et
elles entourent leurs croix d'un respect et d'un soin jaloux, voire
d'une grande fierté. La municipalité d'Orcet veille attentivement à
la sauvegarde de ce petit patrimoine culturel si précieux. C'est ainsi
qu'elle a profité de la réfection de la RD52, fin 2001, pour mettre en
valeur la croix de la rue du Verger, dite croix de la Barrère par les
vieux Orcétois, et auparavant la croix de la place du Chancel lors des
travaux de la rue du 8 Mai en 1999.
En juin 2007 c'est au tour de la Croix du Breuil d'être
restaurée par l'équipe des chantiers d'insertion. |